Les oiseaux migrateurs, sentinelles des tsunamis et tempêtes tropicales ? #11 septembre 2021

La chronique de Damien Boëvin, fondateur de Nemeton, le biolab de Grenoble

Je vais vous parler d’oiseaux connectés dans le pacifique sud qui servent à prédire des séismes.

Mais avant cela, nous allons faire un petit retour en arrière dans le temps. Nous sommes le 4 février 1975 à 19h35. Un séisme de magnitude 7.5 frappe la ville de Haicheng dans le sud-est de la Chine. Sur les plus d’1 millions d’habitants et d’habitantes que compte la ville, seules 2000 personnes trouveront la mort car pour la première et unique fois pour le moment, l’humanité a réussi à prédire un séisme avec succès.

Et la ville avait été quasiment totalement évacuée le matin même. Parmi les différents indices qui ont guidé la prise de décision des autorités se trouvait un indice en particulier qui a fait toute la différence, “des comportements aberrants de la part d’animaux” dont de très nombreuses observations de serpents en circulation à l’extérieur. Pour le contexte, en février à Haicheng, il fait environ -4 degrés. Autant dire que normalement, les serpents hibernent. Mais là de toute évidence, quelque chose les avait poussés à se dire qu’il valait mieux risquer de geler à l’air libre que de rester au fond d’un trou sous terre. 

Revenons maintenant en 2021, dans le pacifique sud dans les Tuamotu en Polynésie Française. Un très sympathique, très vaste et majoritairement inhabité archipel comptant 76 atolls répartis sur une zone grande comme l’Europe. En janvier 2021, la toute première expédition du programme Kivi Kuaka est partie sur place dans le but de créer le premier système de détection précoce de tsunami basé sur des animaux. Durant 3 semaines, ils ont installé des balises GPS sur 56 oiseaux migrateurs. À savoir 13 Courlis d’Alaska, 13 Sternes fuligineuses, 8 Pluviers fauves et 22 Chevaliers errants. Ce projet mêle un ensemble impressionnant de nouvelles technologies qui ont rendu ce projet possible. Parmi eux, on retrouve les progrès du machine learning qui vont permettre d’aller miner dans les données ainsi générées pour trouver des schémas récurrents qui seront de bon indices qu’une catastrophe est sur le point d’avoir lieu et qu’il faut prévenir les populations. La miniaturisation des composants électroniques et des batteries permettent dorénavant de faire des balises gps suffisamment légères pour être portées par des oiseaux qui font à peine une cinquantaine de grammes tout en étant capable d’émettre durant des années. 

C’est un aspect peu connu des possibilités que nous offre ce fameux futur internet des objets, la possibilité de créer une sorte d’internet du vivant qui nous protège des catastrophes ou nous permet de protéger la nature. Un autre programme test en cours par exemple, consiste à équiper des oiseaux qui ont tendance à suivre les gros bateaux de pêche pour chopper des trucs dans leur sillage. Sauf que si les données nous indiquent ce comportement alors qu’il n’y a aucun bateau déclaré dans la zone, ça signifie qu’on est face à du braconnage potentiellement dans une zone interdite à la pêche. Il ne reste plus qu’à coupler ça aux recherches actuelles sur tout ce qui est électronique biodégradable et on tiendra là un internet du vivant durable. 

Enfin pour conclure, pour celles et ceux qui le souhaite, vous pouvez sur le site du programme kivi kuaka, kivikuaka.fr retrouver l’emplacement en direct sur une map des 56 oiseaux du programme. L’occasion de se rendre compte que certains ont déjà entamé leur migration en alaska et que d’autres sont moins pressés.

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